Les Aborigènes d’Australie, les générations volées

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Comme vous le savez certainement, les Aborigènes sont le peuple autochtone de l’Australie. Leur présence remonterait à environ 40 000 ans, soit bien avant que les Européens n’arrivent et ne colonisent l’île-continent, à la fin du XVIIIème siècle. A partir de là, rien ne sera plus jamais comme avant pour le pays et ses habitants, humains comme animaux. Les Européens amènent peu à peu des espèces venues du vieux continent, des bagnards, et déciment peu à peu la population aborigène. La maladie, l’extermination, rien ne va les épargner jusqu’au XXème siècle. Aujourd’hui, la question aborigène n’est pas réglée et constitue un problème majeur qui divise le pays en deux. Comment les Australiens peuvent-ils effacer leurs erreurs ? Comment les Aborigènes peuvent-ils avancer ? La réponse prendra du temps.

Qui sont les Aborigènes ?

Un aborigène jouant du didjeridoo

Un aborigène jouant du didjeridoo

On estime que les Aborigènes d’Australie étaient autour de 750 000 à l’arrivée des colons. Ils étaient, en 2006, au nombre de 517 000. Aujourd’hui, 29 % des Aborigènes vivent en Nouvelle-Galles du Sud, 27 % dans le Queensland. Ils sont également nombreux dans le Territoire du Nord, région toutefois peu peuplée, où ils représentent 28 % de la population.

En 1788, l’Australie était peuplée par 250 tribus, occupant tout le continent, chacune avec sa propre langue, ses lois et ses frontières tribales ; c’est à notre connaissance la plus ancienne culture survivant sur terre. Selon les légendes aborigènes, des créatures (animales la plupart du temps), sont sorties de la terre, de la mer ou du ciel et ont créé la vie et les paysages australiens. Leurs corps ont créé des fleuves et des chaînes de montagne mais leur esprit est resté dans la terre, rendant la terre elle-même sacrée pour les peuples aborigènes.

Toutes les croyances des Aborigènes sont régies par ce qu’on appelle le « temps du rêve », dreaming ou dreamtime en anglais. C’est le thème central de la culture aborigène, qui explique les origines du monde et de l’Australie en particulier. Mais la traduction est quelque peu approximative. Il s’agit plutôt d’une loi, qui régit le comportement des peuples aborigènes et définit leur culture et leurs croyances.

Tortue

Tortue

Peinture rupestre à McDonnell Ranges

Peinture rupestre

Toutes les tribus aborigènes sont très attachées à l’histoire de leur création, qu’ils se transmettent de génération en génération, via histoires et peintures rupestres. Ils sont pour cette raison très attachés à leur terre. Ils la connaissent par cœur, ont su la dompter et l’exploiter, et on sait combien le territoire australien est immense et hostile, en particulier dans le centre, désertique, et le nord du pays, tropical.

L’arrivée des Européens et l’Australie « blanche »

Tout commence en 1770, quand James Cook débarque en Nouvelle-Galles du Sud, dans la baie de l’actuelle Sydney, appelée Botany Bay. Bien qu’il rencontre des tribus aborigènes, Londres déclare l’Australie « Terra Nullius », c’est-à-dire inoccupée, et permet l’établissement d’une colonie pénitentiaire.

Drapeau australien flottant sur Whyalla

Drapeau australien

En 1803, des colons britanniques quittent la Nouvelle-Galles du Sud pour s’établir sur la Terre Van Diemen (l’actuelle Tasmanie) qui devient une colonie séparée en 1826. Les prisonniers britanniques sont amenés en grand nombre en Tasmanie, construisant routes et ponts. C’est pourquoi on dit que l’île a été construite par des bagnards.

A l’époque, plus de 5 000 Aborigènes habitent en Tasmanie. Ils sont envoyés sur l’île de Flinders où on leur promet logement, nourriture et sécurité. Sauf que, beaucoup meurent de maladies importées par les Européens et les survivants ne seront jamais autorisés à retourner sur leurs terres. Ce conflit, parfois qualifié de génocide, est connu sous le nom de Black War (Guerre Noire). Entre 1803 et 1833, la population passe de 5 000 à 300 individus. Il y a ainsi très peu d’Aborigènes en Tasmanie aujourd’hui.

A mesure que l’Australie se forme, les Aborigènes sont de en plus exclus. En 1861, commence la politique de l’Australie Blanche, privilégiant l’immigration européenne blanche à toute autre, alors même que la population autochtone est noire. Au début du XXème siècle, les Aborigènes sont de toute façon exclus du recensement.

Gravure représentant deux Aborigènes à Flinders Ranges

Gravure représentant deux Aborigènes

Pendant un siècle, de 1869 à 1969, les Aborigènes sont victimes de déplacement. Les enfants aborigènes, en particulier les enfants métissés (de mère aborigène et de père blanc), sont déplacés. Cela est même autorisé par la loi entre 1909 et 1969, dans le cadre de la politique du White Australia. Les gouvernements, les églises et les organisations d’assistance sociale ont toutes participé, sous la surveillance du Aboriginal Protection Board. L’idée est d’assimiler des enfants indigènes à l’Australie blanche d’héritage européen. Leur culture n’a bien sûr pas été respectée, la plupart des enfants n’ont pas eu de réelle éducation mais ont été entraîné à faire du travail manuel. Certains enfants n’ont jamais revu leurs familles… On les appelle les générations volées. On ignore le nombre d’enfants séparés, mais il est clair que le peuple aborigène est aujourd’hui encore traumatisé par cette politique, qui n’a pris fin qu’il y a 40 ans seulement !

Le temps de la réparation…

A partir des années 1960, l’Australie commence à faire quelques progrès en faveur des aborigènes. En 1962, le Commonwealth Electoral Act déclare que tous les indigènes ont le droit de s’inscrire et de voter aux élections fédérales. En 1967, le premier ministre Harold Holt organise un référendum pour inclure les Aborigènes dans le recensement national. Il obtient l’appui de plus de 90 % des électeurs.

Depuis une restitution partielle de terres à partir de 1976, de nombreux Aborigènes sont retournés vivre sur les lieux de vie de leurs ancêtres desquels ils avaient été chassés, dits « homeland ». La plupart des Aborigènes vivent aujourd’hui dans des « réserves » ou « communautés ». Mais ces endroits sont étrangement coupés de reste du pays, grillagés, souvent interdits d’accès. Il en existe 70 dans le Territoire du Nord, au bord des routes, au milieu de nulle part ou cachés dans un coin. En guise de réparation, les Aborigènes perçoivent des indemnités de l’Etat. D’autre part, puisque certaines terres leur ont été rendues, comme le site d’Uluru par exemple, l’Etat loue des terres aux aborigènes afin de les exploiter pour le tourisme ou pour les ressources en minerai, par exemple.

Aujourd’hui et demain

Si l’État australien cherche encore des solutions, les différentes politiques menées à l’encontre des Aborigènes ainsi que leur situation d’exclusion dans des réserves, provoquent de nombreux problèmes aujourd’hui. 200 ans de persécution et d’ignorance laissent des traces.

Warning dans le Northern Territory

No liquor No pornography

De nombreuses communautés font face au fléau de l’alcool. Dans le Territoire du Nord, l’alcool est totalement interdit dans les communautés aborigènes ainsi que la pornographie. D’immenses panneaux blancs et bleus sont là pour le rappeler au bord des routes. Dans cet état, il est d’ailleurs obligatoire de montrer sa pièce d’identité lorsque l’on achète de l’alcool, afin de vérifier si vous ne figurez pas dans la liste des bannis. Même si ce n’est pas le cas, vous ne pourrez pas en acheter en grandes quantités.

Le principal problème des Aborigènes d’Australie n’est pas l’alcool mais l’acculturation. Les générations d’aujourd’hui ont non seulement perdu leur propre culture, pourtant très forte, mais se sont approprié la culture australienne occidentalisée. Y compris la culture du fast-food, vraisemblablement pas adaptée à ces peuples qui ont survécu des milliers d’années en mangeant des graines et autre nourriture très peu calorique…

Dans leurs réserves, dans les baraquements, les Aborigènes ne sont ni vraiment près de leurs terres, ni vraiment dans notre monde. Ils sont logés, indemnisés. Mais cela ne peut pas tout régler. Que peuvent-ils bien faire, loin de leur mode de vie d’avant ? Rares sont ceux qui ont un travail, beaucoup errent sans rien faire.

Cette situation a engendré un racisme mutuel en Australie. Les Aborigènes sont incompris, perdus et ne trouvent pas facilement leur place dans cette nouvelle vie. Les Australiens quant à eux sont parfois en colère (certains du moins), ne comprennent pas que l’État leur donne de l’argent et qu’en retour ils boivent et ne travaillent pas. Il faudra beaucoup plus de communication, de tolérance, pour trouver une issue. Si Australiens et Aborigènes continuent à travailler ensemble, comme le font heureusement de nombreuses associations et écoles aujourd’hui, peut-être que les générations suivantes trouveront la paix.

Après tout, les excuses officielles du gouvernement australien aux communautés aborigènes ne date que de 2008… Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

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À propos de l’auteur

Fondatrice du site Tour du Blog et rédactrice principale, je partage avec vous ma passion des voyages à travers nos carnets de route et autres astuces.
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6 commentaires

    • Merci Laurent ! Je ne pense pas qu’il en reste vraiment non.. Certaines communautés (notamment dans le Detroit de Torres) sont restées très proches de leurs traditions (peintures, danse, cueillette) mais sont devenues « civilisées », au sens où elles disposent de maisons, de vêtements etc.

  1. Bonjour Jane, merci beaucoup pour ton commentaire !!
    Je suis ravie que ça t’ait plu, j’ai fait de mon mieux mais c’est vrai que c’est un sujet un peu difficile à aborder, surtout en Australie… Merci encore à toi !

  2. Pingback : L'art aborigène : des ancêtres à aujourd'hui - Le Tour du Blog, nos récits de voyage autour du monde ! | Le Tour du Blog, nos récits de voyage autour du monde !

  3. Très bon résumé. Malheureusement il n’y a pas que l’alcool…. Les aborigènes des villes ont également d’autres addictions, j’en ai beaucoup vu entrain de sniffer le contenu d’une bouteille cachée sous leur Tshirt (carburant, colle ???). Ces aborigènes sont exclus par leur communauté et les allocations de l’état ne servent qu’à participer à ce suicide collectif.

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