Notre aventure dans le Pilbara chez les Pensini

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Alors que l’on se rend tranquillement vers notre prochaine étape, le Karijini National Park, après quelques jours de détente à Ningaloo Reef Marine Park, nous faisons une rencontre au beau milieu de nulle part qui nous retiendra un peu plus longtemps que prévu dans le désert de Pilbara. Les joies du voyage et de ses imprévus !

La rencontre avec Robin

Un matin sur un camp à 95 km à l’ouest de la petite ville Paradurdoo, nous sommes quasiment les derniers (comme souvent !), à lever le camp. Il est 9h15 un vendredi de mai quand une femme vient nous voir. Avec son pick-up, sa chemise et son chapeau de cowboy, on la prend tout de suite pour un ranger. Qu’est-ce qu’on a fait ? Y’a le feu ? Finalement, elle nous explique simplement qu’elle est de la « station » d’à côté et qu’ils ont besoin de personnes pour travailler quelques jours sur place, jusqu’à lundi. Ah, il y a des habitants dans le coin ? C’est quoi une « station » ? Nous réfléchissons quelques secondes puis la rejoignons chez elle, à Cheela Plains. Elle, c’est Robin, la petite quarantaine. Elle nous décrit plus exactement le boulot en question et les conditions, et nous acceptons. Au lieu de visiter le parc national de Karijini ce week-end, nous allons bosser jusqu’à lundi dans leur station, que l’on pourrait traduire en ferme gigantesque. Et cela ne fera pas de mal à notre porte-monnaie après tout !

Notre boulot

A quelques kilomètres de la maison familiale, nous débarquons sur des terres abritant du matériel agricole ainsi que des baraquements. Deux bungalows en préfabriqué plus exactement, l’un déjà plus ou moins aménagé, l’autre en chantier. A partir de lundi, ils doivent accueillir des géologues chargés de trouver de l’or dans la région ! S’ils ne seront présents que deux semaines, nous avons tout de même la charge de nettoyer entièrement les lieux, de les repeindre et de les meubler. Ce ne sera pas une mince à faire vu l’état dans lequel nous les trouvons !

Pierre à Cheela Plains

Pierre à Cheela Plains

Adele à Cheela Plains

Adele à Cheela Plains

Nous commençons le boulot vers 10h15 ce jour-là, jusqu’à la nuit (vers 18h). Au programme de vendredi, nettoyage des sols. Robin et son mari, Evan, travaillent également autour de nous, ainsi que Steve, embauché depuis quelques mois à la station, qui s’occupe du plus gros œuvre. Samedi et dimanche, alors qu’il est en week-end, nous poursuivons notre tâche : deux jours de peinture dans les 4 chambres du nouveau baraquement, de 8h à 17h. On n’est pas très doués et on s’en fout partout, mais on s’en sort plutôt pas mal au final ! Certes un peu lents, d’après Evan ! On travaille toutefois dans la bonne humeur, on y va volontiers de bon matin, même si on est bien fatigués le soir. Lundi, pour notre dernier jour, on décape et on nettoie tout, les meubles aussi, on meuble les chambres et on réaménage l’ancien baraquement. Du gros boulot bouclé en 4h. L’après-midi nous rejoignons la maison de Robin pour nettoyer quelques trucs pendant deux heures, chambres, salle de bain, terrasse. Et voilà le tour est joué, fini de bosser !

La vie à la station

Goanna, Pilbara

Goanna, Pilbara

Et pendant ce temps comment a t-on vécu ? Les baraquements étant pour l’instant vides, nous y sommes restés dormir les 3 premiers soirs, profitant de la salle de bain (une douche après une journée dans la poussière rouge du Pilbara ou au milieu de la peinture blanche, c’est vraiment plus que nécessaire !) L’ancien baraquement dispose d’air conditionné mais également d’une laverie (très utile aussi pour nous !), et d’une cuisine. De quoi mettre les aliments achetés par notre patronne au frais, et se faire à manger le soir. Chaque jour, on nous emmène de l’eau fraîche, bref, on a tout ce qu’il faut. En plus, le baraquement, situé pourtant au milieu de nulle part, est même relié à Internet grâce à une grande antenne satellite. Bref, on pensait être coupé du monde, et bah même pas ! Nous ne sommes pas les seuls à « vivre » ici, un varan (ou deux, on ne sait pas trop) a élu résidence sous le baraquement principal ! En journée il se balade autour de nous, vient dire bonjour. Le spécimen, plutôt beau à vrai dire, mesure peut-être 1,50 m de long !

Le soir venu nous sommes seuls ici, le varan est couché, les Pensini ont regagné leur maison, on se repose enfin. Mais, les patrons étant plus que gentils, ils nous invitent à deux reprises, samedi soir et lundi soir à dîner chez eux (nous y dormons même ce dernier soir avant de reprendre la route mardi matin). De quoi apprendre à mieux connaître la famille Pensini et leur mode de vie.

Découverte de la famille Pensini

Cheela Plains, Pilbara

Cheela Plains, Pilbara

Le premier soir à table sur la terrasse, nous en apprenons beaucoup plus sur nos drôles de patrons qui vivent au milieu de nulle part. On comprend vite notamment que contrairement à la France ici il faut vraiment se débrouiller seul quand on est si isolé. Depuis 2010, les Pensini ont débuté un élevage de bœufs, qui vivent en liberté sur leurs terres, comme partout dans la région. C’est pourquoi on croise souvent des troupeaux sur la route… Ce soir, Evan nous prépare donc des saucisses de bœufs et des entrecôtes maisons au barbecue, accompagné de vin rouge, un vrai plaisir pour nous ! La maison est vraiment fantastique, construite au fur et à mesure par leurs soins à partir de containers, elle en jette ! Pierres de la région au sol pour rester au frais, décoration à la fois moderne et campagnarde, on voit que la maîtresse de maison a le souci du détail, même seule au monde. Les Pensini ont un générateur au diesel et des panneaux solaires en guise d’alimentation électrique. Côté courses, il leur faut rejoindre la petite ville de Paraburdoo, parfois deux fois par jour selon les besoins (100 km aller tout de même…).

La famille Pensini

La famille Pensini

Les terres appartiennent à la famille d’Evan, d’origine italienne, depuis 1976. Aujourd’hui il n’y a plus que lui sur ces terres, une partie a même été revendue. Il dispose actuellement de près de 188 000 hectares. Robin, quant à elle, est américaine, du Texas plus précisément. Elle est venue voyager et travailler en Australie dans une ferme du Pilbara en 1991. C’est là qu’elle a rencontré Evan, son patron. Après 3 ans au Texas, elle l’épouse et vient vivre en Australie. Peu après, ils s’installent dans leur maison actuelle et nomme la ferme Cheela Plains. Cela fait 18 ans que cela dure… Le couple a aujourd’hui quatre fils, deux jumeaux de 15 ans, Gavin et Fraser, Preston, 12 ans et Lawson, 7 ans. Les deux plus âgés sont partis à l’âge de 13 ans afin de poursuivre l’école… à Perth, à 1500 km de là ! Pas le choix, tous les fils Pensini finiront par partir en pension à l’autre bout de l’État et rendront visite à leurs parents uniquement pour les vacances. Heureusement, il y a un aéroport à Paraburdoo qui est relié à Perth…

« School of the air »

Jusqu’à 12 ans, les enfants suivent l’école de l’air, c’est-à-dire par correspondance. Ils reçoivent des cours, des exercices et des devoirs de l’école de l’air de Port Hedland, située sur la côte au nord à environ 570 km de là. Grâce à Internet, ils parlent chaque matin avec des professeurs et des élèves dans leur situation. Chez les Pensini, une vraie salle de classe a été aménagée et tout a été fait pour que les enfants puissent suivre l’école normalement. Puisqu’elle a 4 enfants et qu’enseigner n’est pas forcément facile, Robin a fait appel à la région du Western Australia pour recevoir de l’aide. L’État encourage en effet les professeurs à la retraite à venir enseigner bénévolement dans des familles isolées. Depuis environ 8 ans, Robin (oui, elle aussi !), professeur à la retraite originaire de Perth, passe quelques semaines chez les Pensini, nourrie et logée, pour appuyer leur mère. Aujourd’hui il n’y a plus que Preston et Lawson, l’année prochaine il n’y aura plus que le petit dernier, pour 5 autres années. Robin « bis » est une vraie prof-poule, elle nous a expliqué tout un tas de trucs sur l’école de l’air, le Western Australia et l’Australie en général.. Nous avons passé deux soirées à leurs côtés, à rire et à apprendre plein de choses, c’était vraiment génial. Et cela nous a fait un peu bizarre de les quitter, déjà, après si peu de temps.

Une expérience enrichissante

Coucher de soleil dans le Pilbara

Coucher de soleil dans le Pilbara

Non seulement nous avons gagné pas mal d’argent à faire un travail plutôt agréable en bonne compagnie, mais nous avons appris beaucoup de ces quatre jours à Cheela Plains dans le Pilbara. Les Pensini sont isolés mais ne manquent finalement de rien, ils connaissent très bien leurs « voisins » dont le plus proche vit à 50 km alors que l’on connaît rarement son voisin de palier à Paris ! Ils font absolument tout eux-mêmes, ici il n’y a rien et encore moins de service public. Ils sont à la fois éleveurs, bouchers, conducteurs d’engins, cuisiniers, ouvriers du bâtiment en construisant leur maison de A à Z, s’occupant même de leur propre approvisionnement en eau et en électricité, maîtresse d’école, et accessoirement parents. Ils travaillent d’arrache-pied, une vraie leçon de débrouille. Ils ont réussi à construire une très jolie maison avec piscine et vivent avec tout le confort nécessaire, surtout depuis que les 44 panneaux solaires sont implantés et permettent désormais d’avoir de l’électricité 24h/24 ! Bref, un rêve à l’australienne bien difficile à imaginer pour un européen !

C’est en plus de cette façon que vivent des milliers d’Australiens, sur ce territoire immense, perdus au milieu de nulle part. On se demande pourquoi ils le font, mais je crois qu’ils ne se verraient pas ailleurs. C’est la vraie vie du bush, l’outback tel que l’on se l’imagine, au milieu des magnifiques décors et montagnes du Pilbara, coiffés d’herbes folles dorées et balayés par une terre rouge.

Galerie photo du Pilbara

Venez découvrir plus de photos de cette région dans la galerie photo du Pilbara.

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À propos de l’auteur

Fondatrice du site Tour du Blog et rédactrice principale, je partage avec vous ma passion des voyages à travers nos carnets de route et autres astuces.
Si cet article vous a plu, retrouvez tous mes posts par ici : A propos d'Adèle

4 commentaires

  1. chouette article, on apprend un peu du « comment » des gens peuvent vire au milieu de telles régions arides.
    je comprend bien que ça a du être une sacrée rencontre et 4 jours inoubliables.

  2. Merci ! C’est vrai que c’était une bonne expérience, on a appris beaucoup à leur contact, j’en revivrai bien d’autres comme celle-là !

  3. Pingback : Photo du jeudi : petite grenouille et macrophotographie | Le Tour du Blog, nos récits de voyage autour du monde !

  4. Frédéric Mazuy / Editions Bordas le

    Bonjour

    Je travaille pour un ouvrage scolaire chez Bordas « Géographie 6ème. », et j’aimerai demander à la famile Pensini la belle photo. qui est sur votre blog pour illustrer la vie dans la province de Pilbara (chapitre « habiter un espace de faible densité »)
    Vous auriez une adresse électronique à m’indiquer?
    Merci de votre aide.
    Bien cordialement. . F.M. 06.03.98.14.60 / Bureau: 01.45.87.53.05

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